Mensonges.

Il n’y a en tout ceci ni vérité, ni mensonge – en voici déjà un. Évoquer est tellement plus précieux qu’énoncer… Le sens n’y fait jamais tant que la sonorité.


Quelle prétention absurde que celle de vouloir aligner, l’un après l’autre, ces caractères – petits traits vaguement formés, symboles stupides et dénués de sens…


Choisir les mots simples, aussi simples que les plus doux plaisirs. Même (surtout) ceux que l’on retire des apprentissages les plus complexes, des plus violentes passions. Et tel est bien mon plaisir, telle est ma recherche, mon évidence, pour ces jours, ici-bas. Refléter ce qui n’a pas de reflet. Ne surtout rien produire d’utile.


Un mot doit bien en valoir un autre. Aucune étoile n’est semblable, il n’est pourtant qu’un terme pour toutes. Le présent ne se conte pas. Ce n’est pas encore, ou ce n’est plus, alors ce n’est tout simplement pas. Le simple fait de le nommer le dissipe. Je déteste les mots. C’est bien cela …


Je vous voue une haine profonde, pour cette promesse que vous constituez par votre simple existence. Promesse d’équilibre, de paix, de sens… Promesse éternelle de tous les arts, mais des arts entre tous, vous vous êtes imposé à la nécessité humaine, tant et trop, à en devenir l’expression même du vulgaire.


Je vous exploiterai à l’inacceptable , je vous emploierai à mal, tant que je ne vous aurais pas contraint à cette parole impossible. Puisque le présent fuit devant vous, je vous obligerai à le traquer, le prendre à revers, et toute autre manière impossible.


Je m’appliquerai à vous faire souffrir comme je souffre. C’est lâche, cruel de n’être que l’outil de l’énoncé.


(Ainsi, par exemple). Il me faut tant de mensonges pour parvenir à enfin soustraire à l’emploi des mots un semblant d’écho de réel… Bien plus que n’en autorisent les manières, biographique ou historique, philosophique ou artistique.


Tant de mensonges pour offrir une infime valeur à ce que je prête comme raison à votre torture…


Puisque vous êtes toujours si vulgaires, insignifiants, grossiers, infimes, approximatifs, injustes… Je ne peux que me résoudre à vous employer de la sorte.


(Ainsi, par exemple). Pendant que je m’acharne, mon monde vous adule et vous honore ; vous voilà portés par un flot qui semble n’être rien d’autre que la grande rage de notre curieux siècle.


Il est de bon ton de régler ses comptes avec papa et maman et d’en faire part à la conscience collective. Il est de grande mode de livrer, comme s’il s’agissait de la plus intime des confidences, que l’œuvre nous a servi de thérapie … Quel ennui… Quelle connerie ! Voilà ce qu’il reste des mots quand on leur laisse le champs libre. Outil de voyeurisme, d’impudeur !


Nous voici déjà dans le vif, avant d’avoir pris le temps de l’introduire. Un mensonge éhonté, qui ne saurait mieux représenter une pâle vérité trop chère à mon cœur. Mes vérités sont des illusions, des mensonges. Sans mots, peut être que …


C’est bien de cela qu’il s’agit. Elle peint. De ses mélanges de couleurs tantôt délicats et tantôt obscènes, de ses coups de pinceaux très mesurés aux mouvements les plus rageurs… Lorsqu’elle s’oublie, de gré ou de force. Lorsqu’elle parvient presque à me faire croire qu’elle est capable de refléter une infime fraction de réalité sur sa toile, que chaque choix en appelle une infinité d’autre, celui du point de vue, celui de l’infinité des filtres de sa propre perception…


J’aime l’image d’elle dans ce contexte. Lorsqu’elle ne pense plus rien, ne fait plus rien… Rien qu’exister face au miroir qu’elle a alors choisi pour son âme. Elle se livre, sans grille intellectuelle pour palier ou seulement adoucir ses paradoxes, sans autre forme de pudeur que celle … de rester humaine. Et encore.


Nous y sommes. C’est mon désir, de flirter avec sa manière. Ne rien en retirer, juste le croire un instant. Y mourir, en perdre le sens, l’instant suivant. Écrire comme elle peint.


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